Madame Anna Bouty (née en 1904) raconte
comment, enfant, elle a entendu ses parents et ses voisins, habitants de
CASTELBOUC, parler de la Sorcellerie et quelles formes prenait celle-ci avant
la première guerre mondiale.
La discussion que j'ai eue avec cette dame
est rapportée ici sous sa forme brute, ceci afin de garder tout le
"naturel" de notre conversation. Pour plus de cohérence dans le
récit, j'ai dû conserver des détails qui paraissent ne pas avoir de rapport
très précis avec le sujet ; mais ils n'en demeurent pas moins intéressants pour
cette étude.
QUESTION - Pouvez-vous me parler de la
sorcellerie ? Je crois que vous vous souvenez de certains faits s'étant
déroulés durant votre enfance.
REPONSE - La sorcellerie, ce n'était pas
beau ! Je me souviens surtout d'une histoire concernant une certaine Agathe, ou
plus exactement sa fille Germaine.
Q - Cela se passait en quelle année ?
R - Je ne me souviens pas très bien. Mais
c'était avant la guerre de 14-18 ; je crois que j'avais une dizaine d'années
lorsque ma mère me le racontait. Cela devait s'être passé vers les années
1890...
Voici l'histoire de Germaine : Germaine
était une enfant unique. Ses parents possédaient une petite propriété à
Chaldas. Mais la famille habitait Castelbouc.
Or dans le village vivait un certain M....
Ce personnage avait passé une partie de sa vie dans le Midi de la France. Il
était revenu au village et depuis son retour, Germaine le suivait partout, sans
arrêt ! Elle n'acceptait de manger qu'en sa présence. Quelquefois, elle s'est
même sauvée la nuit.
Ses parents étaient très inquiets.
Les gens de Castelbouc et des environs
prétendaient avec force que Germaine était ensorcelée par cet être que personne
n'estimait On aurait dit que cette pauvre fille était folle !
Q - Ne s'agissait-t-il pas simplement d'une
amitié née entre les deux jeunes gens ?
R - Non ! Les gens étaient persuadés que la
fille était ensorcelée par cet homme. D'ailleurs il n'était pas bien vu dans le
pays
Q - Et par la suite, que s'est-il passé ?
R - Ses parents ont emmené Germaine à la
Vierge de Mende pour la faire "désensorceler". L'Evêque était là
ainsi que mon père (1)
qui était adjoint.
Pour le village c'était une affaire très
grave ; cela avait amené un grand remue-ménage à CASTELBOUC !!!.
Ensuite, elle n'a jamais été comme avant.
Elle ne s'occupait plus. On aurait dit qu'elle ne vivait plus. Par la suite,
ses parents l'ont mariée à une personne de BLAJOUX.
Après la disparition de l'ensorceleur, elle
a été malade et a dû s'aliter ; cela jusqu'à sa mort, un an plus tard.